J’aime bien Jean-Baptiste Adamsberg. Un type à l’esprit à la fois embrumé et clairvoyant. Un homme qui sait se perdre dans le brouillard, sans savoir ce qu’il fait, mais avec l’intime intuition d’être sur la bonne voie. Un personnage principal délicieux pour un roman centré sur le cheminement intellectuel et émotionnel des protagonistes. Et ça tombe bien, car on ne va pas parler de lui (en tout cas très peu, et vraiment pas tout de suite).

Résumé :

     Camille s’est réfugiée dans le Mercantour. Elle y compose de la musique pour des feuilletons un peu niais, et s’organise les méninges en compulsant son Catalogue de l’outillage, avant d’aller réparer chauffe-eau, tuyauterie et salle de bain dans le petit village de Saint-Victor. À ses côtés, le distant trappeur canadien, spécialiste en grizzli, lui sert de compagnon. Il panse ses blessures de cœur, quant il n’est pas absorbé par la montagnes à la recherche des loups dont il surveille l’installation.

     Car ces prédateurs ancestraux sont réintroduits dans le Mercantour, au grand dam des éleveurs de la régions. Une haine viscérale, tapie dans les cœurs, et qui n’attend qu’une chose pour se déverser sur la tranquillité de la campagne : une attaque. Elle va se produire bien vite, et se répéter, exacerbant la rancœur des éleveurs, enflammant les passions. Et rien ne pourra plus s’arranger lorsque la bête commence à s’attaquer à l’homme.

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À chaud :

     Ce roman est une suite plus ou moins direct de L’homme aux cercles bleus. On y retrouve très brièvement Adamsberg, dont on comprend que sa vie n’a pas changé : il laisse son esprit vagabonder sans contrôle, poursuit les criminels avec une ténacité implacable quoiqu’il ne sache que rarement lui-même comment s’y prendre et pourquoi malgré tout, il y arrive. On quitte donc rapidement le commissaire pour se focaliser sur Camille, l’amour de sa vie, qui après avoir traversé le monde de long en large s’est arrêtée en compagnie d’un trappeur canadien à Saint Victor, dans le sud de la France.

     C’est l’élément qui m’a véritablement captivé dans ce livre. Dans Les cercles bleus, on découvre la personnalité chancelante, vaporeuse d’Adamsberg, et son histoire d’amour avec Camille est décrite comme un fantasme, une rêverie incroyable de passion et de tendresse. Mais comme chez le commissaire, cette histoire n’a rien de tangible : elle est terminée depuis longtemps, et il n’en reste que quelques filaments éthérés auxquels l’esprit du commissaire s’agrippe de toutes ses forces. Ici, on découvre donc Camille en tant que protagoniste, et la porte nous est ouverte sur ses pensées. Et tout devient clair. Camille est le pendant d’Adamsberg, tous deux semblent aussi imperméables à la réalité, aussi rêveurs, aussi cabossés l’un que l’autre. Ce deuxième tome est un vrai miroir qui permet, en nous laissant découvrir Camille, de mieux comprendre Adamsberg. C’est une très belle histoire, un peu triste, un peu lointaine, mais vraiment émouvante.

     La galerie de personnages est aussi remarquable. On y trouve Soliman, jeune homme recueilli par une vieille fermière après avoir été abandonné à sa naissance. Ses dialogues sont d’un humour fin et élégant, entre citation de mémoire du dictionnaire Larousse et concoction de mythes et légendes appropriés à chaque situation. À ses côté, le Veilleux, un vieillard sec et stoïque, qui aime comprendre les choses, ouvert d’esprit mais teinté par la tradition, bienveillant, loyal. Chaque personnage de Fred Vargas, protagonistes comme figurants, est suffisamment caractérisé pour devenir à sa manière inoubliable, sans s’encombrer de descriptions à n’en plus finir. Elle dépeint ses personnages d’une manière subtile et frappante, manière de laisser au lecteur tout le loisir de terminer de brosser ces portraits.

     L’homme à l’envers est un polar. On y retrouve toutes les pièces. Mais comme l’esprit d’Adamsberg, elles sont assemblées d’une manière bizarre, inattendue, incongrue et pourtant tout à fait fonctionnelle. L’enquête nous emmène sur les traces de la bête, mais le danger n’est jamais vraiment proche, ou jamais tout à fait celui qu’on attend. Le roman se déroule de façon très fluide, comme un road-movie, une sorte de Tarantino sans excès, apaisé, une histoire de gens paumés qui s’agencent entre eux pour former un tout grotesque et solide.

Et donc ?

     Et donc, ce roman se lit avec un plaisir indéniable. Comme pour le premier, j’ai l’impression en tenant un livre de Fred Vargas d’être une créature lourde et pataude, tenant au creux de mes mains une petite chose fragile, volatile et belle. Pour plonger dans ce roman, il faut accepter un rythme lent, des personnages atypiques et qui peuvent heurter ceux d’entre vous les plus cartésiens, et une intrigue policière assez lointaine. Mais si ça vous semble un marché acceptable, vous allez pouvoir y trouver des âmes magnifiques, des personnalités somptueuses, des échanges à la fois salement prosaïques et terriblement poétiques.

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