J’ai vu Starship Troopers quand j’étais tout petit, et forcément je suis toujours un peu indulgent quand je le revois. Mais un jour ou l’autre, l’homme fait doit se confronter à une épreuve inéluctable : lire l’œuvre originale. Étoiles, garde-à-vous ! est l’œuvre de laquelle est tiré ce film à mi chemin entre le chef d’œuvre et le nanard. De la SF assez controversée, des extraterrestres effrayants, des héros bien badass; j’étais donc impatient de me frotter personnellement au bouquin qui avait engendré ce film.

Résumé :

(Et pour une fois, petit résumé en musique)

     Juan Rico est un jeune homme issu d’une famille aisée. Son avenir est tout tracé : Harvard, école de commerce, et reprise de la boîte familiale. Chouette projet, mais qui n’est pas du goût de notre protagoniste qui se verrait bien voyager à travers la galaxie, se former lui-même, bref, assouvir sa soif d’indépendance.

     L’alternative est offerte par la Fédération de la Terre, système où civils et citoyens s’opposent, les derniers jouissant de davantage de droits. Or, pour devenir citoyen, il faut effectuer un service fédéral d’une durée de deux ans (voire nettement plus) dans un des différents corps de l’armée de la Terre.

     Voici donc Rico, fraîchement engagé, découvrant le monde de l’armée, ses codes, ses enjeux, ses dangers. Il entre au camp Currie, et suit une formation intense et pénible jusqu’à être prêt à partir au combat contre, notamment, le terrible péril arachnide.

couv28265656

À chaud :

     Étoiles, garde-à-vous ! est un roman écrit à la première personne, narré par Juan Rico. On a affaire à un parcours initiatique où le héros quitte un foyer douiller qui sera très vite détruit par une attaque arachnide, pour devenir un soldat accompli et un officier en devenir. Son évolution est bornée par la rencontre de plusieurs personnages, essentiellement des militaires, qui permettront de donner une voix à de fervents défenseurs du système politique en place. L’écriture est très fluide, très agréable à lire, et malgré les thèmes parfois techniques (armement de l’infanterie, juridiction du commandement…) le point de vue interne de Rico, qui découvre également les subtilités de cet environnement, permet de ne pas faire face à un bloc de descriptions abscondes. L’accent est plutôt mis sur la pédagogie de cette instruction militaire que reçoit le héros : on partage ses incompréhensions, son questionnement, ses doutes, mais on est également témoin de son évolution et de son adaptation. On perçoit, à travers les différents événements, comme de simple civil, Rico devient un véritable soldat, et donc un citoyen, au sens où l’entend le monde dans lequel il vit.

     Le roman de Heinlein a souvent été décrié pour être un pamphlet à la gloire de la puissance militaire, du patriotisme et des régimes autoritaires. Et de fait, le système politique dépeint tranche radicalement avec nos idéaux démocratiques, égalitaires et républicains. Mais, à vrai dire, pas tant que ça. S’il existe une véritable différence de traitement entre civil et citoyen, ceux qui s’engagent dans le Service fédéral sont généralement tous acceptés, à condition de se plier au système : femmes, handicapés, individus de toute ethnie. On y perçoit pas l’ombre d’un comportement raciste ou sexiste. Seul compte la dévotion et l’allégeance inconditionnelle à la Fédération.

     Le système de la Fédération repose sur un certain nombre de valeurs, dont la plus importante est la responsabilité à assumer en échange du pouvoir de la citoyenneté. C’est ce qui justifie l’engagement dans l’armée, la capacité à mettre sa vie en jeu pour la défense d’un intérêt supérieur. Sans entrer dans une étude très profonde de ce système, mes connaissances en politique et en morale n’étant pas de taille, je pense, à fournir un jugement très pertinent, je me contenterai de montrer ce que peut apporter la lecture de cet œuvre.

     Non, à mon sens, il ne s’agit pas d’un programme politique pour une société parfaite fondée autour de la valeur militaire. Oui, il s’agit d’un roman situé dans un monde où l’armée est arrivée au pouvoir et y est restée. Plusieurs passages du roman donnent la parole à des professeurs d’histoire, des officiers érudits, qui justifient par l’Histoire le fonctionnement actuel de leur société. En d’autres termes, le monde que nous découvrons est le fruit d’erreurs passées, et le système adopté est celui qui a permis de régler les problèmes, notamment du XXème siècle (le roman est publié en 1959). Ce que nous invite à faire l’auteur, c’est à interroger le système dans lequel nous vivons, et la manière dont il se justifie, dont il s’explique. Notre démocratie, française au hasard, ne fonctionne pas différemment : nous apprenons l’histoire de notre pays à l’école, histoire narrée comme un roman national, avec ses personnages principaux, ses péripéties et sa conclusion : notre cinquième république. Nous percevons notre système meilleur que les précédents, parce que nous en changeons lorsqu’ils ne répondent plus aux attentes de la société. Étoiles, garde-à-vous ! ne fonctionne pas différemment, et plutôt que de vanter la gloire d’une république militaire, il nous offre un regard sur la manière dont un système politique s’auto-justifie : par l’école, la formation de ses agents et la critique des systèmes précédents.

Et donc ?

     Étoiles, garde-à-vous ! est un très bon roman de science fiction. Il est léger dans sa forme, déroutant dans le monde qu’il propose et qui oscille entre une égalité qui se gagne et une ségrégation institutionnelle. C’est un roman que l’on peut relire aisément, d’abord pour le plaisir de suivre le personnage de Johnny Rico, ensuite évidemment pour dépecer les concepts de morale et de politique que l’auteur manie au gré de son intrigue. C’est à mon sens une véritable œuvre de science fiction puisqu’elle demeure intemporelle, n’a pratiquement pas vieilli depuis sa parution, et continue de poser des questions actuelles. L’histoire n’est pas très riche, on y trouve peu d’action, et l’ambiance militaire a forcément un côté aride en terme d’échange émotionnel (pas de romance notamment). Mais cette forme épurée de narration laisse la place à la réflexion, et permet d’interroger, en particulier, la manière dont les individus sont influencés, conditionnés pour adhérer au système dans lequel ils vivent. Une lecture édifiante, que je vous recommande sans hésiter.

     Un mot sur le film, Starship Troopers, qui est à mon sens une très bonne adaptation. Pas exempte de défauts, elle a néanmoins le mérite de mettre l’accent sur la place des médias dans le soutien et l’auto-justification d’un politique, d’un système. Le film a un peu plus vieilli que le livre, mais reste un plaisant nanard, intelligent et bourré d’une ironie à peine dissimulée.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s